« NOUS ALLONS PERDRE DEUX MINUTES DE LUMIÈRE. »

FRÉDÉRIC FORTE

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J’ai déjà eu l’occasion de dire ailleurs tout l’intérêt que je porte aux titres et à la question du titrage d’un livre (d’une œuvre en général) : qu’est-ce qui fait titre ? À quel moment le titre apparaît-il dans le processus de création ? En amont ? En aval ? au milieu du gué ? Un titre qui déclenche une écriture doit-il être considéré de la même manière qu’un titre qui en résulte ? Etc. Ces questions mériteraient à mon sens un essai – que quelqu’un a peut-être déjà écrit, d’ailleurs – mais le blog que j’entame aujourd’hui a pour objet plus spécifique d’accompagner l’écriture d’un prochain livre de poésie qui aura pour titre Nous allons perdre deux minutes de lumière.*

Je n’ai pas la télé à la maison (ce qui me laisse plus de temps à perdre sur internet). Aussi, lorsque je me trouve, c’est assez rare, en présence d’un téléviseur allumé – chez ma mère, par exemple – je suis souvent saisi par un double sentiment : de familiarité (lié à l’enfance) et d’exotisme. La langue qui se parle dans le poste me dépayse. C’est la mienne, indubitablement, et ce n’est pas la mienne. Auncune complainte ici sur l’état de dégradation du français qu’on cause aujourd’hui, qui n’est pas plus pire ou moins mieux qu’avant. Non, ce qui me frappe, c’est un léger décalage dans la tournure des phrases, dans les dialogues « naturels » pas naturels, décalage la plupart du temps exaspérant, mais quelquefois rafraîchissant – décalage « poétique » comme dirait (ou ne dirait pas) la télé, justement.

Durant un séjour chez ma mère, il y a deux ou trois ans, nous regardions la météo du soir, à la télé, et au moment de l’éphéméride, la speakrine (je sais que ça ne se dit plus, mais je ne veux pas manquer l’occasion de l’écrire) nous annonce: « Demain, le soleil se lèvera à [telle heure] et se couchera à [telle heure]. Nous allons perdre deux minutes de lumière. » Ça y était, je tenais un nouveau titre potentiel (je les collectionne). On m’objectera que la phrase sonne aussi comme un vers potentiel. C’est tout à fait vrai. Et je l’envisage d’ailleurs ainsi : le livre potentiel Nous allons perdre deux minutes de lumière a pour titre potentiel un vers potentiel entendu à la télévision.

 

* Ce projet d’écriture s’inscrit également dans la résidence Le son que fait la page que je mène de mars à juin 2016 à l’École Nationale Supérieure d’Art de Bourges dans le cadre d’un dispositif « Auteurs associés » de l’Agence Ciclic en région Centre-Val de Loire.

 

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