Dans certains villages corses, écrit Jean-Toussaint Desanti dans Philosophie : un rêve de flambeur, le seuil se dit « mutale », le lieu où le monde change, où l’étranger devient hôte. Alors, il convient de ne pas marcher sur ce seuil, de ne même pas l’effleurer. Il s’enjambe. Car il est un lieu qui n’existe pas, frontière entre les deux mondes. Espace fantomatique. Source de superstitions. On se doit de traverser cette frontière dépouillé, sans armes ni outils. Il ajoute : « Je me rappelle encore ce temps-là : les mots avaient leur poids, et parfois il m’arrive de m’attarder à y penser. »