La foire aux clichés

De légende en histoire, de fait divers en croyance, le paradoxe de la beauté de l’île. Le soleil baigne le souvenir du sang, quand il n’en éclaire pas des flaques encore fraîches. Tout est cliché. Le dessin du pin parasol est cliché. La châtaigne est cliché. L’âne est cliché. Le soleil est cliché. Le cliché baigne le pourtour aussi sûrement que la mer, il s’insinue dans les terres et le cœur de tout le monde. Le continental applique les clichés qu’il connaît. Les insulaires se les approprient en guise d’identité. Ils en créent ou en répètent d’autres qui deviennent des caractères. Et de cliché en cliché, on ne regarde plus vraiment un paysage mais un film sous-titré. On ne rencontre pas des personnes mais des personnages. Tout perd en réalité. Dilue l’épaisseur, l’odeur de la réalité pour se parer de la lisibilité du stéréotype. L’œil fait un travelling malgré soi, en haut d’un col embrassant les mers Méditerranée et Tyrrhénienne. Il faut dire qu’il contemple des milliers d’années d’histoire et que cela se sent. La vague est cliché. Le ponton rocheux est cliché. Le maquis est cliché. Il est difficile de simplement saisir le paysage. Les représentations brouillent tout. On ne pourra jamais vraiment profiter de la beauté inhumaine, hors histoire de ce paysage, comme on devrait pouvoir l’observer si on savait s’extraire des œillères de l’humanité, ne serait-ce qu’une fraction de seconde.