Isula goffa

L’île a une beauté impressionnante. Trop peut-être. Elle pétrifie, on sent un ascendant contre lequel on essaie de lutter. À armes parfaitement inégales. On est l’insecte sur le bras du géant. Alors on use d’outils mesquins. Et on débusque tout ce qui est moche, dans l’île. Il n’y a pas à fouiller longtemps, à vrai dire. Car, comme s’il cherchait à respecter un étrange équilibre en ce monde, partout où l’homme passe, il sème beauté et horreur, tout à la fois. Les statues en pierre et les zones industrielles, les chants qui font monter les larmes et les carcasses de voitures, l'architecture majestueuse et la vulgarité des attrape-touristes, une certaine grandiloquence esthétique et un comique involontaire. La nature, tout autour, digne, magistrale. Et nous, on capture tout ça, d’instant en instant, en quête d’un sens.

 

(« isula goffa » = « île moche » en corse)