71 CARRES NOIRS

Fragment 10

Paris, le 13 février 1930

Mon cher Henry,

Cette lettre arrivera comme les carabiniers... mais je l'écris quand même. Je suis allé hier soir chez Balgi chercher le plan du terrain. J'y ai rencontré de Guébriant Fils avec lequel j'ai discuté assez longuement du programme. Il a été décidé que la visite de 5 ou 6 établissements pour enfants tuberculeux était indispensable. Tout cela allait donc très bien mais en rentrant et en étudiant le terrain avec Schoëgel, je me suis aperçu qu'il était beaucoup trop petit (ceci s'est passé à l'agence et Balgi n'en sait rien). Un pavillon à lui tout seul développe 60 mètres et ce terrain n'a en effet que 100 mètres de côté. Il y aura à peine la place de faire tenir un unique pavillon !! Alors tout le projet est par terre... La seule hypothèse optimiste serait que le plan soit faux, mais cela paraît invraisemblable si l'on considère la cote des routes. Je t'ai téléphoné hier soir et attendais ce matin ton coup de téléphone qui n'est pas venu. J'ai rappelé mais tu étais monté au Mont d'Arbois. Je suis au Val-André aujourd'hui, je te rappellerai demain matin. Je compte voir Balgi au plus tard lundi mais il me faut ton avis avant. Ne risquons-nous pas de travailler une seconde fois inutilement ? Moralité : c'est bien noir.

Pol

PS: N'ayant plus l'emploi de Schoëgel, je te l'offre pendant les semaines d'incertitude. Réponds-moi immédiatement, car sauf miracle, je ne crois pas pouvoir l'employer activement pendant un temps assez long et à tous points de vue, il me serait désagréable de lui rendre sa liberté.